1. Hors ligne ou dans le cloud : la vraie question
Un logiciel de dictée fait deux choses : il enregistre votre voix, puis il la convertit en texte. Tout se joue sur le lieu de cette seconde étape. Si la reconnaissance tourne sur votre ordinateur, la dictée fonctionne dans le train, en zone blanche ou sur un réseau d’entreprise fermé, et l’enregistrement reste sur la machine. Si elle tourne sur un serveur, il faut une connexion, et votre voix quitte l’ordinateur.
Pour les outils d’Apple et de Microsoft, la réponse dépend de la fonction, de la langue et des réglages. Pour les logiciels tiers, elle dépend du modèle de reconnaissance que vous téléchargez. En français, trois familles de modèles reviennent souvent : Parakeet V3 de NVIDIA, Whisper d’OpenAI et les modèles Vosk, dont le plus petit modèle français pèse 41 Mo.
- Connexion obligatoire : la saisie vocale de Windows (Windows + H) et la dictée de Windows 10.
- Local après un téléchargement : l’accès vocal de Windows 11, la Dictée du Mac en français et les logiciels Linux à modèles locaux.
- À vérifier en plus : le partage éventuel d’enregistrements audio pour « améliorer » le service, que macOS propose à l’activation de la Dictée.
2. Mac : la Dictée en français, traitée sur l’appareil
Activez la Dictée dans menu Apple > Réglages Système > Clavier > Dictée. Pour dicter, placez le point d’insertion, puis appuyez sur la touche Micro de la rangée de fonctions (si votre Mac en possède une), utilisez le raccourci Dictée ou choisissez Édition > Démarrer Dictée. La touche esc, la touche Micro ou le même raccourci arrêtent la dictée, qui s’interrompt aussi d’elle-même après 30 secondes sans parole ; Apple précise qu’il n’y a pas de limite de durée. Le raccourci se choisit dans le menu local Raccourci, par exemple « Appuyer deux fois sur la touche Fn (Fonction) », ou via Personnaliser. Sur Mac, la touche Option sert aussi à saisir des caractères spéciaux : avant d’adopter une combinaison comme Option + Z, l’exemple donné par Apple, vérifiez qu’elle ne vous prive pas d’un caractère utile sur votre clavier AZERTY.
Côté confidentialité, Apple indique que le texte affiché sous Dictée, dans les réglages Clavier, permet de vérifier si vos dictées générales sont traitées sur l’appareil plutôt qu’envoyées aux serveurs Siri ; la dictée dans un champ de recherche n’est pas concernée. Sa page de disponibilité des fonctionnalités range le français de Belgique, du Canada, de France et de Suisse parmi les langues de la « dictée sur l’appareil et dictée non modale », qui nécessite le téléchargement de modèles vocaux. À l’activation, macOS propose aussi de partager vos enregistrements audio pour améliorer Siri et Dictée : « Plus tard » refuse, et le choix se modifie dans Confidentialité et sécurité > Analyse et améliorations.
Bonne nouvelle pour les quatre variantes : la ponctuation automatique, qui insère virgules, points et points d’interrogation pendant que vous parlez, est proposée pour le français de Belgique, du Canada, de France et de Suisse. Pour changer de variante, cliquez sur Modifier à côté de Langues et choisissez la langue et la région. La ponctuation et la mise en page se dictent aussi : « point d’exclamation », « nouvelle ligne », « nouveau paragraphe ».
3. Windows : la saisie vocale (Windows + H) passe par Internet
La saisie vocale est la fonction de dictée la plus connue de Windows : placez le curseur dans une zone de texte, appuyez sur Windows + H, attendez « Écoute… » et parlez. Microsoft écrit noir sur blanc que la saisie vocale s’appuie sur la reconnaissance vocale en ligne des services vocaux Azure, et qu’il faut être connecté à Internet, disposer d’un micro fonctionnel et avoir le curseur dans une zone de texte. Sous Windows 10, la dictée, lancée avec la même combinaison, exige elle aussi que le PC soit connecté à Internet.
Microsoft distingue Français (Canada) et Français (France) dans la liste des langues de la saisie vocale, avec des commandes légèrement différentes. En France, on dit par exemple « Mettre en pause la dictée », « Arrêter l’écoute » ou « Supprimer ceci » ; au Canada, « Suspendre la dictée », et « insérer une espace » pour ajouter une espace. La langue reconnue suit la langue d’entrée active, que l’on change depuis le sélecteur de la barre des tâches ou avec Windows + Espace : pratique si vous avez installé à la fois le français de France et celui du Canada.
Sur les PC Copilot+, la « dictée fluide » corrige grammaire, ponctuation et mots de remplissage grâce à de petits modèles de langage exécutés sur l’appareil. Microsoft la réserve toutefois aux paramètres régionaux anglais : en octobre 2026, elle ne s’applique pas à la dictée en français.
4. Windows 11 : l’accès vocal fonctionne sans connexion
L’accès vocal permet de contrôler le PC et de rédiger du texte uniquement à la voix, et ce, selon Microsoft, sans connexion Internet. Il est disponible à partir de Windows 11 version 22H2, pas sous Windows 10. On l’active dans les paramètres d’accessibilité ou depuis la recherche Windows. Seule la configuration initiale exige Internet : au premier lancement, l’accès vocal télécharge les fichiers de langue utilisés par la reconnaissance vocale sur l’appareil, ce qui peut prendre quelques minutes.
Pour le français, Microsoft liste deux variantes : Français – France et Français – Canada. La Belgique, la Suisse et les autres pays francophones n’ont pas de variante propre dans cette liste. Pensé pour l’accessibilité, l’accès vocal affiche une barre ancrée en haut de l’écran et répond à des commandes qui cliquent sur les boutons ou ouvrent les applications : idéal pour piloter tout le PC à la voix, un peu lourd si vous voulez seulement dicter un paragraphe dans un e-mail. Quelques réflexes utiles :
- Dites « Mode Dictée » pour que tout soit traité comme du texte, puis « Mode par défaut » pour revenir aux commandes.
- Alt + Maj + B bascule entre écoute et veille ; Alt + Maj + C coupe ou rallume le micro.
- La commande « Ajouter au vocabulaire » apprend à l’accès vocal noms propres, termes métier et mots difficiles à prononcer.
- Ici aussi, la dictée fluide n’existe qu’en anglais et sur PC Copilot+.
5. Linux : installer un logiciel de dictée
Sous Linux, la dictée ne vient pas encore du bureau. Canonical a annoncé en juin 2026 le projet Myna, une dictée locale pour Ubuntu Desktop prévue pour Ubuntu 26.10, d’abord sous Wayland avec GNOME comme environnement validé ; l’annonce ne précise pas quelles langues seront prises en charge. En attendant, on installe un logiciel.
Le point délicat est moins la reconnaissance que la saisie du texte dans la fenêtre active. Sous X11, xdotool suffit le plus souvent ; sous Wayland, il faut des outils comme wtype, dotool ou ydotool, que nerd-dictation, par exemple, sait tous utiliser.
Trois options qui reconnaissent le français hors ligne :
- Speech Note : distribué en Flatpak sur Flathub, open source sous licence MPL 2.0. Selon le projet, tout le traitement se fait hors ligne ; pour le français, l’application propose notamment des modèles Whisper, Vosk et april-asr. L’action start-listening-active-window insère le texte dans la fenêtre qui a le focus.
- Vosk, le moteur de nerd-dictation : un petit modèle français de 41 Mo, un grand de 1,4 Go, et un modèle issu du projet LINTO (1,5 Go, sous licence AGPL).
- Murmure : logiciel libre et gratuit qui s’appuie sur Parakeet TDT 0.6B v3 et couvre 25 langues, dont le français. Il existe en .deb et en AppImage pour Linux, ainsi que pour Windows 10 et plus et pour macOS. Sous GNOME en Wayland, il faut définir un raccourci système, et le mode « appuyer pour parler » n’y est pas disponible.
6. IraVoice : Parakeet V3 pour le français, sans cloud
IraVoice 1.2.2 est un logiciel de dictée pour macOS 13 ou ultérieur sur Mac à puce Apple (pas de Mac Intel), pour Windows 10 et 11 en 64 bits, et pour Linux en version bêta. On maintient une touche, on parle, on relâche : le texte s’écrit là où se trouve le curseur, que ce soit dans Word, Outlook, un navigateur ou un terminal. La touche par défaut est Commande droite sur Mac, Ctrl droite sous Windows et Ctrl + Espace sous Linux ; elle se change dans General. Un appui bref au lieu d’un appui long lance la dictée mains libres, un second appui l’arrête, et Échap annule sur Mac et sous Windows. Par défaut, IraVoice n’appuie pas sur Entrée : vous relisez avant d’envoyer.
Point important pour le français : le modèle installé d’origine, Parakeet Unified EN (environ 700 Mo), est un modèle anglais. Pour dicter en français, passez dans Models au modèle Parakeet V3, qui couvre selon NVIDIA 25 langues européennes, dont le français, et détecte la langue tout seul. NVIDIA publie pour le français un taux d’erreur de mots de 5,15 % sur FLEURS, 4,97 % sur MLS et 6,05 % sur CoVoST, mesuré sans ponctuation ni majuscules. La fiche du modèle indique simplement « French (fr) », sans distinguer France, Québec, Belgique ou Suisse : testez avec votre propre accent pendant l’essai. NVIDIA confirme que la langue ne peut pas être imposée au modèle ; dictez donc une seule langue par enregistrement. IraVoice propose aussi, dans Models, des modèles Whisper qui couvrent de nombreuses langues mais demandent davantage de ressources.
Une fois le modèle téléchargé, la reconnaissance se fait sur votre ordinateur : avec IraVoice Local, ni l’audio ni le texte ne quittent la machine. Les seules connexions servent au téléchargement du modèle, à la recherche de mises à jour et aux contrôles d’essai et de licence auprès d’api.iravoice.com, qui transmettent un hachage salé d’un identifiant matériel, jamais l’identifiant lui-même. Pas de compte, pas de télémétrie. La licence se signale environ une fois par semaine et continue de fonctionner 30 jours sans connexion. IraVoice ne donne pas d’avis juridique sur le RGPD : c’est à vous, ou à votre délégué à la protection des données, d’évaluer l’usage dans votre organisation.
Quand IraVoice comprend mal un mot, un nom de client ou un terme métier, corrigez-le une fois : ⌃⌥⇧F sur Mac ou Ctrl + Alt + Maj + F sous Windows et Linux ouvre la correction de la dernière dictée, et IraVoice écrira ce mot correctement par la suite. Sur Mac, il repère aussi seul les corrections dans la plupart des apps.
À savoir avant d’acheter : l’interface de l’application et le paiement sur iravoice.com sont en anglais. IraVoice Local coûte 79 $ US pour un ordinateur, 109 $ US pour deux ou 149 $ US pour trois, en paiement unique et sans abonnement. L’essai gratuit de trois jours démarre à la première dictée, sans e-mail, carte bancaire ni compte pour télécharger. Sous Linux, seul un paquet .deb est proposé, pour Ubuntu 22.04 ou ultérieur et les distributions dérivées de Debian (Debian, Linux Mint, Pop!_OS) ; pas de rpm, d’AppImage ni de Flatpak, et la prise en charge de Wayland reste limitée dans la bêta.